Auteure : Loretta Pederson, 2014
Source : Workers’ Responses in the Dark Times

Voici les contributions de Taylor et Tahlia (pseudonymes). Si vous souhaitez réagir à ce document ou le compléter, merci d'envoyer un courrier électronique à Loretta Pederson: loretta.pederson@tfs.org.au
Nous sommes des femmes qui ont éprouvé des pensées suicidaires et nous avons survécu. Nous voulons partager avec vous notre sagesse durement gagnée pour vous aider à soutenir d'autres personnes. Nous vous prions d'écouter nos mots avec respect.
Ce qui m'a aidé le plus
L'écoute de notre douleur et de notre tristesse : quand vous me questionnez sur la façon dont les pensées m'affectent, je comprends que vous m'écoutez vraiment. Je sais que vous vous intéressez à ce qui m'arrive.
La confiance : cela prend du temps de construire la confiance. Au fil du temps, parler de quelque chose de traumatisant est plus facile. C'est dur de parler à voix haute. S'il y a moins de confiance, je préférerais coucher les mots sur le papier.
Construire la relation : avoir la même personne à chaque fois m'aide à construire le lien. Je ne crains pas d'être jugée quand l'accompagnant connaît déjà mon histoire. Je vois votre comportement et j'entends la chaleur de votre voix.
La régularité est primordiale : savoir que je vais voir la même personne chaque semaine est très important. Elle apprend à me connaître et elle voit si je suis déprimée, si j'ai mal à la tête ou si je ne peux pas me concentrer et elle m'interroge la-dessus. Puis elle me donne des options pour abréger la séance et nous nous laissons porter par le courant. Au début, avoir le même thérapeute aide à construire la confiance. Avoir le même chaque semaine est également aidant. Alors que les pensées me disent de ne pas me présenter au rendez-vous, avoir un horaire régulier, au contraire, m'aide à me préparer.
Des esprits élevés : au « Playgroup » l'animateur a un esprit très élevé et son caractère positif me donne envie de rester jusqu'à la fin alors que les pensées me disent de partir tôt.
Ce qui ne m'a pas aidé
Me questionner uniquement sur ma sécurité : quand une psychothérapeute m'interrogeait exclusivement sur ma sécurité, il me semblait qu'elle ne s'intéressait ni à mon ressenti, ni à combien les choses sont dures. Une fois qu'elle a su que je n'allais pas me tuer, elle est passée à un autre sujet.

Que l'on m'attribue un nouveau thérapeute : je ne me sens pas soutenue quand je découvre que l'on m'a attribuée un nouveau thérapeute. Même si mon histoire est écrite, ce n'est pas la même chose quand l'accompagnant l'entend de ma part. Je n'aime pas la répéter de nouveau entièrement. Cela prend du temps de se sentir à nouveau comprise et non rejetée.

L'arrogance/ la précipitation : quand le psychiatre se précipite à mon rendez-vous et me donne seulement 3 minutes, il me paraît arrogant et je n'ai pas le sentiment d'être écoutée. Il me questionne strictement sur le renouvellement de l'ordonnance. Cela me met en colère particulièrement quand je lui rapporte des effets indésirables et qu'il me répond : « Oui, c'est le médicament – continuez le traitement. »
L'intensité : l'équipe de santé mentale fait un appel téléphonique quotidien, ce qui est trop fréquent ou alors, elle n'appelle pas du tout. Un appel de 5 secondes pour savoir si ça va et si je n'ai pas de pensées suicidaires est simplement agaçant. Si vous appelez, faites une conversation qui en vaut la peine, sinon, on dirait que vous faites « juste votre boulot ». S'il vous plaît, n'appelez pas quand les enfants viennent de rentrer de l'école. Ils sont bruyants et ont des exigences, ce n'est vraiment pas le moment de me de me demander si je suis suicidaire !
Rompre la confiance : la confiance est rompue quand les thérapeutes ne préviennent pas qu'ils appellent la Protection de l'Enfance. Je ne peux pas travailler avec vous si je ne comprends pas pourquoi vous pensez que mes pensées suicidaires sont un risque pour mes enfants. Je ne peux pas vous parler si je ne vous fais pas confiance.
Traduction de Isabelle Gabas, le 16 mars 2015